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5 mois après la remise de son rapport, Louis Gallois fait le bilan

le 22/04/2013 à 16h10 — ObjectifNews.com
EconomieMidi-Pyrénées

Certains le voient déjà ministre, voire Premier ministre. L'ancien patron de la SNCF et d'EADS, aujourd'hui en charge des investissements du grand emprunt, un des acquis du quinquennat de Nicolas Sarkozy, maintenu par François Hollande, n'en a cure. Son combat, c'est que la France prépare l'avenir. Il suit de près la mise en œuvre du pacte de compétitivité et de croissance dont il se veut le garant. Il ne faut pas que la volonté s'étiole, prévient-il. Interview.

Où en est le plan de marche du programme investissement d'avenir ?
Sur les 35 milliards d'euros dévolus à l'origine, le Commissariat a engagé 28,5 milliards dont 20 sont effectivement contractualisés. Sur ces 28,5 milliards, 4,5 milliards ont été décaissés et nous prévoyons de verser 4 milliards d'euros par an en 2013, 2014 et 2015.
Il nous reste encore 6,5 milliards d'euros pour de nouveaux projets. Le gouvernement nous a demandé de redéployer 2,2 milliards d'euros essentiellement vers des technologies "aval", pour mieux accompagner l'innovation vers l'appareil productif. Cela concerne aussi bien le numérique, la santé, la transition énergétique que la formation professionnelle où nous finançons des opérations pilotes ayant valeur d'exemple.

Comment avez-vous fait pour résister aux pressions politiques ?

Certains ont pu être tentés de nous faire financer des sujets qui n'entraient pas dans le cadre de notre mission : nous ne finançons pas les politiques générales des ministères, comme par exemple les investissements hospitaliers, mais uniquement des projets exemplaires, transformants, retenus à l'issue de démarches sélectives. Nous vivons une rigueur budgétaire que je n'avais jamais connu depuis que je fréquente l'administration, c'est-à-dire 1972. Les ministères sont tentés d'avoir recours à l'argent du grand emprunt. Mais, avec l'appui du Premier ministre, nous nous sommes attachés à défendre l'abreuvoir face aux caravanes de chameaux... et à rester fidèles à notre vocation, c'est-à-dire préparer la croissance de demain.

Concrètement, de quel avenir les investissements d'avenir sont-ils le nom ?
Si on fait le tri, le plus gros paquet de financement concerne l'université et la recherche (environ 2/3 soit quasiment 22 milliards d'euros). Nous nous sommes inscrits dans un continuum, de l'amont vers l'aval pour aller de la recherche fondamentale à l'industrie avec nos différentes actions ayant pour fil directeur l'innovation : IDEX, LABEX, EQUIPEX, IHU, IRT, fonds d'amorçage et de capital risque.
Dans l'enseignement supérieur et la recherche, les IDEX, ou initiatives d'excellence, ont favorisé un mouvement de regroupement d'universités et de grandes écoles sur un même site. Les projets ont été choisis par un jury international dirigé par le directeur de l'institut polytechnique de Lausanne, qui était alors président de l'Association Européenne des Universités. Cela a été un travail très sélectif et même ceux qui pensaient parfois avec un peu d'arrogance y avoir droit d'office ont dû se plier à cette procédure. Je pense notamment au plateau de Saclay, qui a dû s'y reprendre à deux fois parce que nos exigences en matière de gouvernance n'avaient pas reçu la réponse adéquate. Cela a d'ailleurs contribué à notre crédibilité.
Les 8 IDEX retenues à ce jour, y compris deux projets encore en cours de création, à Lyon et à Paris (HESAM), bénéficient d'une dotation en capital dont ils pourront consommer les intérêts. Si au bout de quatre années probatoires, ils sont restés fidèles au projet, cette dotation leur sera acquise.
Quant aux LABEX et aux EQUIPEX, les laboratoires d'excellence et les équipements d'excellence, ils ont permis de mettre en place un financement de long terme pour des projets de recherche de niveau mondial ou pour des équipements de pointe qui peinaient à trouver des financements.
Avec les IRT nous avons réuni la recherche fondamentale et l'innovation industrielle au sein d'une même structure. Citons par exemple l'IRT de Toulouse dans l'aéronautique et l'espace, l'IRT Nanoélec à Grenoble dans les nanotechnologies, ou l'IRT Jules Vernes à Nantes dans les matériaux composites. On peut aussi citer l'IRT B-COM en Bretagne (Télécoms) ou l'IRT Bioaster en infectiologie autour de Mérieux et de Pasteur installé à Lyon.
Ce rapprochement entre recherche et industrie afin d'encourager l'innovation est également l'objectif poursuivi avec les IEED (Instituts d'excellence en énergie décarbonnée) en matière d'énergies vertes ou encore avec les IHU (Instituts hospitalo-universitaires) en matière de santé. Dans ce dernier domaine, nous participons par exemple au financement de travaux sur la cardiologie à Bordeaux ou sur la chirurgie robotisée mini-invasive à Strasbourg, avec le professeur Marescaux. Dans tous les cas, il s'agit de médecine translationnelle, qui cherche à rapprocher chercheurs, praticiens et patients.
Enfin, pour soutenir la création d'entreprises innovantes, le programme d'Investissements d'Avenir a créé le Fonds national d'amorçage, géré par la BPI : celui-ci permet d'ores et déjà d'apporter des capitaux propres pour un soutien en phase très précoce d'entreprises innovantes. C'est 600 M€ que nous avons apporté sur ce segment du capital investissement qui manquait cruellement de ressources !

Vous financez aussi les pôles de compétitivité. N'y en a-t-il pas un peu trop avec 71 pôles labellisés ?

Il n'y en a pas trop, mais ils ne sont pas tous égaux. Il y a ceux qui ont une taille nationale ou internationale comme Aerospace Valley à Toulouse ou Systematic en Ile-de-France. Et il y a des pôles de compétitivité régionaux comme le pôle de la porcelaine à Limoges associé à Imerys. On n'attend pas la même chose des uns et des autres. Il faut concentrer l'essentiel des financements sur les plus gros et les plus prometteurs sans empêcher les autres de se développer. S'ils n'y arrivent pas, on peut les supprimer, mais si les industriels sont intéressés, il faut les maintenir. Je connais très peu d'entreprises qui veulent partir des pôles de compétitivité.

Comment mesurerez-vous la réussite de ces investissements ?

La dynamique est encore peu visible, surtout en période de crise ; dans le domaine de l'innovation, il faut du temps mais je n'ai pas de doute sur l'intérêt de ces projets à long terme. Les enveloppes initiales étant largement engagées, nous passons progressivement à une phase de suivi et d'évaluation pour accompagner les projets dans la durée. Il y aura des brevets, des plus-values sur des participations dans des start-up, des redevances. L'un de nos principes a été de systématiquement intéresser financièrement l'État à la réussite des projets, dès que c'était possible : il est aujourd'hui très difficile de prévoir exactement notre retour sur investissement, mais nous avons des prévisions fiables pour nos financements en prêts ou en avances remboursables. Même en cas de subvention, nous demandons des retours sur investissement. Ceux-ci remonteront obligatoirement au budget de l'État, c'est la règle, mais nous ne sommes pas opposés à ce qu'une partie serve à réabonder le PIA !

Vous pensez à un « deuxième grand emprunt » ?

La décision ne m'appartient bien sûr pas. Si réabondement il y avait, ce ne serait pas pour faire la même chose. Il faudrait aller plus loin sur l'aval, comme on l'amorce avec le redéploiement. Nous avons favorisé en effet l'émergence d'innovations industrielles dans de nombreux domaines. Nous devons maintenant assurer les conditions de leur déploiement et donc leur financement dans le long terme.

Le gouvernement vient de faire ce jeudi avec vous le bilan du pacte de croissance et de compétitivité décidé en novembre suite à votre rapport. Êtes-vous satisfait des progrès réalisés ?
Tout a été dit sur le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). C'est en fait un système plus simple que le crédit d'impôt recherche (CIR). L'assiette salariale est facile à définir et à contrôler. On ne demande pas de contreparties aux entreprises mais le comité d'entreprise doit être consulté sur l'utilisation qui sera faite du CICE. J'aurais préféré un dispositif allant jusqu'à 3,5 Smic au nom de la compétitivité industrielle. Le gouvernement a choisi de s'arrêter plus bas, à 2,5 Smic pour cibler également l'emploi. Le montant est significatif : 20 milliards d'euros, c'est 1 point de PIB. Cela correspond à ce que j'avais proposé du côté des entreprises même s'il manque un volet baisse des charges salariales de 10 milliards d'euros que j'avais ajouté pour limiter l'impact des nouveaux prélèvements sur les salariés.
Le CICE ne suffit pas en soi. Il n'a de sens que si les 35 mesures du pacte de compétitivité et de croissance sont toutes mises en œuvre. J'ai mis en place un dispositif de suivi des mesures, une à une. La dynamique est bonne. Il y a le CICE, la BPI, les garanties publiques pour soulager la trésorerie des entreprises, le soutien à l'innovation... Le conseil national de l'industrie est installé, la stratégie de filière est en cours de mise en place. Sur l'attractivité, le passeport "talent" a été annoncé. La feuille de route du déploiement du très haut débit a été arrêtée. Il y a des choses qui avancent bien. Il faudra maintenir cette dynamique dans la durée ; c'est le véritable défi.

Que manque-t-il selon vous ?
Le calendrier normal, ce serait : un tiers des mesures au premier semestre 2013, un autre tiers au deuxième semestre et le dernier tiers au premier semestre de 2014. Si on tient ce rythme, c'est bien. L'important, c'est que le souffle perdure. Il ne faut pas que cela s'étiole.
L'accord sur l'emploi va entrer en vigueur maintenant que la loi est presque votée. Cette réforme est étroitement liée au pacte de compétitivité. Dans mon esprit, cela va ensemble.
Le choc de simplification annoncé par François Hollande qui veut alléger un certain nombre de normes faisait aussi partie du Pacte.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que c'est de la cohérence de l'ensemble et de la persévérance dans sa mise en œuvre que renaîtra la confiance, seul moyen de sortir de la stagnation. Si j'avais un conseil à donner au gouvernement, c'est d'insister sur la cohérence de sa politique dans le temps.
Ce qui ne va pas, c'est l'absence de vision européenne de la compétitivité industrielle. Par exemple, le Pacte propose que des experts indépendants à Bruxelles puissent exprimer un avis sur les dossiers de concurrence pour accélérer les mutations et remettre de l'économique dans les décisions. Nous avons besoin d'une véritable priorité européenne pour la compétitivité.

Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut, Philippe Mabille et Fabien Piliu pour LaTribune.fr
Photo © Rémi Benoit

Auteur : ML 
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