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Afterwork Objectif News : quelle stratégie pour les vins du Sud-Ouest ?

le 25/06/2010 à 15h57 — ObjectifNews.com

Quel est l’avenir des vins du Sud-Ouest ? Que peuvent-ils espérer en France et à l’export, et avec quelles stratégies ? Ces questions ont été soulevées lors de l’afterwork organisé par Objectif News mercredi 23 mars à l’hôtel Radisson Blu Toulouse Airport. Les sept intervenants sont tous d’accord : le potentiel des vins locaux est important.

Directeur de l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest, Paul Fabre a tout d’abord rappelé que la structure est « la première à réunir en son sein Appellations d’origine contrôlée et vins de pays, 42 au total, sur un territoire allant de l’Aveyron au Pays Basque ». Il a également souligné les difficultés du marché viticole et « les défis auquel la filière est confrontée : une crise structurelle avec une concurrence accrue, une surproduction européenne et une baisse de la consommation, s’ajoutant à la crise économique conjoncturelle ».

Dans ce contexte, Nicolas Gelis, propriétaire des châteaux Montauriol, Ferran et Cahuzac, a souligné l’importance du rosé, « la couleur qui permet au vin de progresser. A titre personnel, nous sommes passé de 100 à 1000 hectolitres en dix ans, et nous espérons 1500 hectolitres l’an prochain. En France, il se boit maintenant plus de rosé que de vin blanc sec ! Les consommateurs cherchent avant tout des vins gourmands. » Armin Grassa, propriétaire du célèbre domaine Tariquet, partage cette vision : « Le gros avantage des vins du Sud-Ouest, c’est qu’ils peuvent se consommer à tout moment, sans qu’une ambiance et un moment propice soient nécessaires. Après avoir bénéficié de l’ouverture du marché anglais aux vins blancs, lorsque nous sommes revenus sur le marché français, nous avons beaucoup insisté sur cette dimension festive des vins du Sud-Ouest. »

Président de la commission agriculture au Conseil régional, Denis Ferté a rappelé la mise en place en 2007 par l’institution d’un « plan pour la filière viticole. Le but initial était d’améliorer les outils de production et la mise en marché, ainsi que d’assurer la promotion des vins du Sud-Ouest. Les deux premières années ont permis la restructuration des entreprises, nous sommes repartis sur des bases plus saines. » Même si tout n’est pas encore réglé : « On sort d’une logique patrimoniale pour entrer dans une logique entrepreneuriale. Nous sommes encore une réserve indienne dans un monde qui s’industrialise : c’est un enjeu d’avenir majeur, indique Jacques Tranier, directeur général de l’Union Vinovalie (4 coopératives, 450 vignerons, 38 millions d’euros de CA et 17 millions de bouteilles produites annuellement).

Avant même de songer à faire la publicité des vins du Sud-Ouest, se pose avec acuité la question de leur identité même. « Beaucoup ont l’impression qu’il s’agit d’une mosaïque de domaines, note Paul Fabre. C’est très compliqué de dire ce que sont les vins du Sud-Ouest ! C’est pourquoi nous insistons sur le sens de l’équipe, de l’avenir, et que nous mettons en place un marketing important. Notre objectif prioritaire reste l’export, nous investissons notamment sur le Canada, New York, Miami, l’Allemagne et l’Angleterre. Nos efforts paient : en Angleterre par exemple, les vins qui montrent la meilleure progression sont ceux du Sud-Ouest. »

Propriétaire des châteaux Montus et Bouscassé, distribués dans une quarantaine de pays, Alain Brumont s’est montré optimiste pour les vins du Sud-Ouest, « qui ont énormément d’avenir à l’export. Mais il faut ouvrir de véritables linéaires Sud-Ouest. » « Les pays où l’on se développe sont plus ouverts à la découverte et moins attachés aux noms de domaines prestigieux », a estimé Armin Grassa. Inde, Russie… Bertrand Vigouroux parie lui « sur le Brésil, qui va jouer un grand rôle dans les dix prochaines années ». « Dans vingt ans, le monde comptera 20% de nouveaux consommateurs, il faut déjà se rapprocher d’eux », affirme Jacques Tranier. Une campagne a notamment été lancée en direction de la Chine : « Environ 120 millions de Chinois boivent du vin, ils seront 270 millions en 2020. Cela nous laisse espérer un avenir passionnant ! » Alain Brumont (Montus, Bouscassé) et Nicolas Gelis (Montauriol, Ferran et Cahuzac, 60% à l’export) misent de leur côté fortement sur le Québec.

Et Midi-Pyrénées ? « Les gens de la région ne boudent pas forcément nos vins : souvent, ils ne savent pas qu’ils sont d’ici, poursuit Paul Fabre. Nous notons aussi que nos vins sont régulièrement absents des restaurants et parfois des institutions. Cela montre bien que la population ne s’est pas appropriée les vignobles du Sud-Ouest. Notre ambition est de repositionner clairement Toulouse en tant que capitale viticole. » Jacques Tranier a quelque peu nuancé ce constat : « Aujourd’hui, les 1ers prix du Languedoc ne sont plus le cœur des cartes des restaurateurs. Toulouse n’a pas le sentiment d’être une capitale viticole, à nous de le faire entrer dans les têtes. Mais rappelons que le rayon Sud-Ouest représente tout de même 37% des ventes en grande surface. »

De son côté Bertrand Vigouroux (Maison Vigouroux, président de la commission marketing des Vins du Sud-Ouest) a proposé une autre piste de développement pour la filière viticole : « L’œnotourisme, qui a une vraie valeur économique. En Californie, la Napa Valley attire ainsi 4,7 millions de visiteurs chaque année. De retour chez eux, nos visiteurs seront de plus les meilleurs ambassadeurs des vins du Sud-Ouest. Et je crois que chaque vignoble de Midi-Pyrénées en a pris conscience. » Il a également souligné un point à ses yeux crucial : « Toutes les autres régions ont leur salon du vin. Midi-Pyrénées a aussi les moyens d’avoir le sien ! »

Mikaël Lozano

En photo : l'afterwork a réuni plus de 70 personnes (© Rémi Benoit)

Auteur : ML 
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